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Denis Marquet : Aimer à l'infini et la TCC pour un amour transformateur

Gildas GarrecPsychopraticien TCC
Lecture : 7 min

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En bref : Denis Marquet distingue trois niveaux d'amour dans son approche qui relie thérapie cognitivo-comportementale et développement spirituel : l'amour fusionnel enraciné dans la dépendance affective et l'attachement anxieux, l'amour d'échange fondé sur un contrat transactionnel fragile, et l'amour inconditionnel né d'une plénitude intérieure plutôt que d'un manque. Passer de la dépendance à l'amour mature suppose un travail psychothérapeutique individuel pour bâtir une sécurité intérieure, distinguer l'attachement (pulsion biologique) de l'amour (choix conscient), et apprendre à désirer sans peur. La TCC et la thérapie d'acceptation et d'engagement offrent des chemins concrets : présence totale, gratitude quotidienne, reconnaissance de ses projections, cadre protecteur et liberté mutuelle. Marquet relie psychologie et spiritualité en proposant que l'amour conscient ouvre une dimension d'expérience qui dépasse les frontières individuelles. Loin d'être un don naturel, aimer à l'infini est un chemin qui s'apprend, accessible par un travail thérapeutique structuré.
Étape 3 — De la psyché à la spiritualité. Nous avons d'abord osé nos désirs profonds (article 1), puis vu comment ce « je » rencontre l'autre dans la parentalité (article 2). Vient maintenant la question que Denis Marquet aborde dans Aimer à l'infini : qu'est-ce qu'aimer, vraiment ? Au-delà du besoin, de la possession, de la peur d'être seule — existe-t-il une forme d'amour qui libère plutôt qu'elle n'emprisonne ? Cette interrogation philosophique et spirituelle trouve des résonances précises dans la TCC de couple et les thérapies de troisième vague.

Les 3 amours selon Marquet

Marquet distingue trois niveaux, que la littérature clinique nomme autrement :

1. L'amour fusionnel (le besoin déguisé)

« J'ai besoin de toi, sans toi je ne suis rien. » Un amour qui s'accroche, exige, contrôle. En TCC, on parle de dépendance affective : l'autre devient une prothèse émotionnelle. Passion intense d'abord, souffrance inévitable ensuite. Corrélée à l'attachement anxieux (Bowlby).

2. L'amour d'échange (le contrat caché)

« Je t'aime à condition que… » L'amour devient transactionnel : je donne, tu rends. Une comptabilité s'installe. Quand l'équilibre perçu se rompt, la relation se dégrade. C'est le mariage-contrat que Gottman décrit comme particulièrement exposé à la séparation.

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3. L'amour inconditionnel (la liberté partagée)

Un amour qui ne demande rien en retour, non parce qu'il se serait dépossédé de lui-même, mais parce qu'il naît d'une plénitude intérieure. Ce que Marquet nomme « aimer à l'infini ». Ce que la psychologie positive appelle l'amour mature (Fromm), ce que la spiritualité nomme parfois l'agapè.

Le problème clinique : comment passer du niveau 1 au niveau 3

La plupart d'entre nous oscillent entre les niveaux 1 et 2. Le troisième paraît théorique, lointain. Pourtant, la TCC propose un chemin concret.

Étape A : travailler la sécurité intérieure

On ne peut pas aimer inconditionnellement à partir d'un manque. La psychothérapie individuelle précède souvent la capacité d'aimer de façon mature. On travaille sur les schémas d'abandon, d'imperfection, de méfiance (Young). On construit une sécurité intérieure qui ne dépend plus de la présence de l'autre.

Étape B : distinguer l'attachement de l'amour

L'attachement est biologique — il active les mêmes circuits cérébraux que le sevrage d'une substance. L'amour est un choix conscient. Ne confondons pas « je ne peux pas vivre sans toi » (attachement) avec « je choisis ta présence chaque jour » (amour).

Étape C : désirer sans peur

Marquet y insiste : aimer à l'infini ne signifie pas ne plus rien attendre de l'autre. Le désir demeure — désir de présence, de sensualité, de projet partagé. Mais il n'est plus contaminé par la peur de perdre.

Le parallèle avec l'ACT

La thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT) propose une vision étonnamment convergente :

  • Clarifier la valeur de l'amour inconditionnel comme direction (et non comme objectif)

  • Se défusionner des pensées anxieuses (« il ou elle va me quitter »)

  • Accepter l'inconfort de l'incertitude relationnelle

  • S'engager dans des actions aimantes concrètes — présence, écoute, attentions — même quand la peur est là


Aimer à l'infini, dans l'ACT, c'est avancer dans la direction de l'amour même quand l'émotion souffle « fuis » ou « agrippe-toi ».

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Les 5 pratiques de l'amour conscient

Au croisement de Marquet, de la TCC et de Gottman :

1. La présence totale : écouter sans préparer sa réponse. 90 % des conflits naissent d'un déficit d'écoute. 2. L'appréciation active : nommer chaque jour une chose appréciée chez l'autre. Non pas flatter — voir. Le ratio 5:1 de Gottman (cinq interactions positives pour une négative) prédit la durabilité du couple. 3. La non-projection : ce que vous reprochez à l'autre est souvent votre propre ombre. La TCC apprend à reconnaître ce miroir. 4. Le cadre protecteur : aimer inconditionnellement ne veut pas dire tout accepter. Des limites claires sur la violence, le mensonge, le mépris protègent l'amour. 5. La liberté mutuelle : chacun reste une personne entière. Fusionnel = fin annoncée. Proche et libre = durable.

Quand la thérapie de couple devient utile

L'amour à l'infini est un idéal. La plupart des couples oscillent, régressent, progressent. La TCC de couple n'est pas un luxe mais un outil courant lorsque :

  • les disputes tournent en boucle sans jamais se résoudre ;

  • l'un des deux, ou les deux, se sentent seuls dans la relation ;

  • la sexualité s'est éteinte sans qu'on comprenne pourquoi ;

  • les quatre cavaliers de Gottman s'installent (critique, mépris, défensive, refus du dialogue).


Le pont vers la spiritualité

Marquet pose la question que la TCC évite souvent : et si l'amour conscient ouvrait une dimension spirituelle ? Non pas la religion institutionnelle, mais une expérience de présence qui dépasse les frontières individuelles. Aimer sans attendre, c'est éprouver une forme d'éternité dans l'instant.

Cette lecture n'est exigée de personne. Mais pour celles qui y sont sensibles, Marquet offre un pont que la TCC laisse ouvert sans l'explorer : l'amour mature est déjà un chemin spirituel.

À retenir

Aimer à l'infini n'est ni un don naturel ni un coup du destin. C'est un chemin. La TCC en propose les étapes concrètes ; Marquet en offre la vision qui les oriente. L'un sans l'autre reste incomplet : la technique sans le sens devient mécanique, le sens sans la technique reste un vœu pieux.

Si votre rapport à l'amour vous fait souffrir — jalousie envahissante, dépendance, répétition des mêmes histoires, peur d'aimer — un accompagnement en TCC peut vous mener, pas à pas, du niveau 1 au niveau 3 que Marquet appelle « aimer à l'infini ».


Prochain et dernier article de cette série : La joie — étape 4 : la spiritualité pleine et entière.

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FAQ

Quels sont les principaux signaux d'alerte que la dépendance affective abîme ma relation ?

Les signes les plus parlants : une détresse émotionnelle persistante directement liée à la relation, des conflits qui se répètent sans jamais se résoudre, et un écart grandissant entre ce que vous ressentez et ce que vous parvenez à exprimer. Quand l'autre devient indispensable à votre équilibre intérieur, l'amour glisse vers la dépendance.

Comment la TCC aborde-t-elle l'amour dans une thérapie de couple ?

La TCC identifie les pensées automatiques et les comportements d'évitement qui entretiennent la souffrance relationnelle. La restructuration cognitive aide à développer des interprétations plus nuancées du comportement du partenaire, tandis que les expériences comportementales testent si les scénarios redoutés se produisent vraiment — révélant souvent qu'ils sont bien moins catastrophiques qu'anticipé.

La thérapie individuelle suffit-elle, ou faut-il une thérapie de couple ?

La thérapie individuelle est souvent la première étape lorsqu'un partenaire n'est pas prêt pour un travail commun, ou lorsque les schémas cognitifs personnels sont le principal moteur de la souffrance. Les formats de couple comme l'EFT ou la méthode Gottman apportent une réelle valeur quand les deux partenaires sont engagés et que c'est la dynamique relationnelle elle-même qui doit être travaillée.

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Gildas Garrec, Psychopraticien TCC

À propos de l'auteur

Gildas Garrec · Psychopraticien TCC

Psychopraticien certifié en thérapies cognitivo-comportementales (TCC), auteur de 16 ouvrages sur la psychologie appliquée et les relations. Plus de 900 articles cliniques publiés sur Psychologie et Sérénité.

📚 16 livres publiés📝 900+ articles🎓 Certifié TCC