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J'ai tout essaye : comprendre les emotions de l'enfant selon Filliozat et la TCC

Gildas GarrecPsychopraticien TCC
Lecture : 5 min

Isabelle Filliozat, psychothérapeute française, a transformé la parentalité française avec J'ai tout essayé. Sa thèse : la plupart des « crises » d'enfant ne sont pas des caprices mais des expressions maladroites d'émotions qu'ils ne savent pas encore nommer. Cette approche, en phase avec les neurosciences développementales, rejoint les outils de la TCC : comprendre l'émotion avant de corriger le comportement.

Le cerveau de l'enfant n'est pas un petit cerveau d'adulte

Le cortex préfrontal — siège de la régulation émotionnelle, de l'inhibition, du raisonnement — n'est mature qu'à 25 ans. Chez un enfant de 3 ans, il est en pleine construction. Attendre d'un enfant qu'il « se maîtrise » comme un adulte n'est pas éducatif : c'est biologiquement impossible.

Filliozat popularise cette idée : comprendre ce que l'enfant peut réellement faire selon son stade développemental évite des années de conflits stériles.

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Les 3 âges clés

0-3 ans : l'immédiateté émotionnelle

L'enfant vit ses émotions à 100 %, sans filtre. Il ne peut pas les différer, les minimiser, les cacher. Une frustration = une tempête. Ce n'est pas un défaut, c'est une étape.

3-6 ans : la tempête et l'imagination

Les fameuses « crises du 4 ans » : émotions intenses + imagination fertile (peurs nocturnes, monstres, cauchemars). Le cerveau émotionnel domine, le langage émotionnel émerge.

6-12 ans : la construction cognitive

L'enfant peut commencer à nommer les émotions, en identifier les déclencheurs. C'est l'âge où les outils TCC simples deviennent applicables.

L'erreur parentale fréquente

Face à une crise, beaucoup de parents réagissent selon 3 patterns contre-productifs :

La minimisation : « c'est rien, arrête ». L'enfant apprend que ses émotions n'ont pas de valeur. La moralisation : « tu es méchant de pleurer pour ça ». L'enfant apprend qu'éprouver est mal. La manipulation : « si tu continues, tu n'auras pas de dessert ». L'émotion devient un objet de transaction.

Ces 3 stratégies stoppent l'expression à court terme et sabotent la régulation émotionnelle à long terme. L'enfant apprend à étouffer, pas à réguler.

L'approche TCC parentale : 4 étapes

1. Reconnaître l'émotion

Mettre des mots : « tu es en colère parce que tu voulais continuer à jouer ». Nommer ne valide pas le comportement — ça reconnaît le ressenti. C'est la base de l'intelligence émotionnelle future.

2. Accueillir sans céder

Accueillir l'émotion ≠ céder sur la règle. « Je comprends que tu sois fâché. Et on range quand même les jouets avant le dîner. » Ce double message — validation émotionnelle + fermeté comportementale — construit la sécurité intérieure.

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3. Co-réguler

Avant 7-8 ans, l'enfant ne peut pas s'auto-réguler seul. Il a besoin d'un adulte régulé qui lui prête son système nerveux : respiration calme, voix posée, bras rassurants. C'est la corégulation.

Un parent paniqué ou en colère ne peut pas réguler son enfant. D'où l'importance du travail sur soi avant le travail sur l'enfant.

4. Restaurer et réparer

Une fois la tempête passée, revenir dessus avec l'enfant : qu'est-ce qui s'est passé ? Comment on s'est senti ? Qu'est-ce qu'on peut essayer la prochaine fois ? C'est la métacognition émotionnelle, base du développement TCC précoce.

Comprendre les « caprices » apparents

Filliozat décode des comportements souvent mal interprétés :

« Il refuse de dormir » : peur de l'abandon, hyperstimulation, besoin de transition. Rarement un caprice. « Il tape son petit frère » : jalousie normale + immaturité pour gérer l'émotion. Besoin d'être rassuré sur son amour. « Elle ne veut pas s'habiller » : besoin d'autonomie (3-4 ans), lutte pour le contrôle, hypersensorialité possible aux textures. « Il mange mal » : sensibilités sensorielles, phase de néophobie (3-6 ans), conflit de pouvoir. Forcer est contre-productif.

Les limites de l'approche Filliozat

Quelques critiques légitimes du courant :

Risque de permissivité : certains parents interprètent « accueillir les émotions » comme « tout accepter ». C'est un contre-sens. Filliozat insiste sur le cadre. Culpabilisation parentale : l'accent sur l'impact des réactions parentales peut nourrir une auto-critique excessive. Un parent qui élève un enfant fait forcément des erreurs. L'imperfection est la norme. Charge mentale : appliquer ces principes en permanence est épuisant. Le burnout parental est réel. La priorité est la présence globale, pas la perfection de chaque interaction.

Quand consulter ?

Pour le parent :

  • Burnout parental (épuisement profond, détachement)

  • Crises répétitives qui vous dépassent

  • Auto-critique excessive comme parent

  • Conflits parentaux autour de l'éducation


Pour l'enfant (via un pédopsy ou TCC enfant) :
  • Troubles du comportement persistants (>6 mois)

  • Anxiété envahissante

  • Difficultés scolaires inexpliquées

  • Troubles du sommeil chroniques

  • Somatisations répétées (maux de ventre/tête)


À retenir

Les émotions de l'enfant ne sont pas des caprices à mater mais des expressions à comprendre. La TCC parentale, dans la lignée de Filliozat, propose un équilibre délicat : validation émotionnelle + cadre clair + corégulation. Pas de permissivité, pas d'autoritarisme — une fermeté bienveillante basée sur la connaissance du développement cérébral.

Si vous vous sentez dépassé(e) par les crises de votre enfant ou si vous doutez de vos réactions parentales, un accompagnement TCC familial peut apaiser la dynamique et restaurer votre confiance de parent.

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Gildas Garrec, Psychopraticien TCC

À propos de l'auteur

Gildas Garrec · Psychopraticien TCC

Psychopraticien certifié en thérapies cognitivo-comportementales (TCC), auteur de 16 ouvrages sur la psychologie appliquée et les relations. Plus de 900 articles cliniques publiés sur Psychologie et Sérénité.

📚 16 livres publiés📝 900+ articles🎓 Certifié TCC