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7 façons d'empêcher la colère de gâcher votre journée

Gildas GarrecPsychopraticien TCC
Lecture : 20 min

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En bref : La thérapie cognitivo-comportementale considère la colère comme une émotion légitime qui signale un besoin non satisfait ou une limite franchie, bien distincte du comportement violent. Le problème ne vient presque jamais de l'émotion elle-même, mais de la façon dont on la régule. Le modèle tridimensionnel de la TCC agit en même temps sur le corps (rythme cardiaque, tension musculaire), sur les pensées (interprétations automatiques) et sur les comportements (ce que l'on fait de cette activation). Parmi les outils clés : l'auto-observation sur une échelle de 0 à 10 pour repérer la montée avant la perte de contrôle, le journal de colère pour identifier ses déclencheurs, et la restructuration des croyances profondes qui amplifient la réaction. Comme la colère monte presque toujours par paliers et non d'un coup, on peut intervenir à un niveau modéré, tant que la réflexion reste accessible, plutôt que d'attendre que l'amygdale ait court-circuité le cortex préfrontal. Comprendre la colère comme un signal sur un besoin non comblé permet de mieux la réguler et de l'exprimer sans la refouler.

La gestion de la colère par les techniques TCC est l'une des raisons les plus fréquentes qui amènent à consulter. Et c'est pourtant l'une des plus mal comprises. La plupart des personnes qui viennent me voir ne sont pas des individus violents. Ce sont des mères épuisées qui crient sur leurs enfants et culpabilisent juste après. Des professionnelles qui ravalent leur frustration pendant des mois avant d'exploser pour une broutille. Des conjointes qui claquent une porte et le regrettent aussitôt.

La colère n'est pas votre ennemie. C'est une émotion fondamentale, aussi légitime que la joie ou la tristesse, qui signale qu'une limite a été franchie, qu'une injustice a eu lieu, qu'un besoin n'est pas comblé. Le problème n'est jamais la colère en elle-même. Le problème, c'est ce que vous en faites.

En thérapie cognitivo-comportementale, on travaille sur trois axes simultanés : ce qui se passe dans votre corps (le physiologique), ce qui se passe dans votre tête (le cognitif) et ce que vous faites concrètement (le comportemental). C'est ce qu'on appelle le modèle tridimensionnel de la colère, et c'est la clé pour reprendre le contrôle sans étouffer ce que vous ressentez.

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La colère : une émotion mal comprise

Ce que la colère n'est pas

La colère n'est pas de la violence. La violence est un comportement. La colère est une émotion. Confondre les deux est le premier obstacle à une gestion saine. Quand quelqu'un me dit « je suis une personne colérique, c'est comme ça », je corrige systématiquement : vous êtes quelqu'un qui n'a pas encore appris à réguler son activation émotionnelle. Ce n'est pas la même chose.

La colère n'est pas non plus un signe de faiblesse. Dans certaines familles, dans certaines cultures, exprimer sa colère est perçu comme un manque de maîtrise, un défaut de caractère. Cette croyance pousse des millions de personnes à refouler systématiquement leur colère, ce qui ne la fait pas disparaître : elle la fait fermenter. Jusqu'au jour où elle ressort de façon disproportionnée, ou se retourne vers l'intérieur sous forme de dépression, de somatisations ou de comportements autodestructeurs.

Le modèle tridimensionnel en TCC

En TCC, on analyse la colère selon trois dimensions interconnectées :

La dimension physiologique : votre corps se prépare au combat. Accélération du rythme cardiaque, tension musculaire, afflux de sang au visage, mâchoire serrée, poings fermés. C'est la réponse de stress « fuite ou combat », déclenchée par l'amygdale, bien avant que votre cortex préfrontal n'ait eu le temps d'analyser la situation. La dimension cognitive : vos pensées automatiques interprètent la situation. « Il le fait exprès », « C'est inadmissible », « On me manque de respect », « Je ne vais pas laisser passer ça ». Ces pensées sont souvent teintées de distorsions cognitives (lecture de pensée, personnalisation, pensée tout-ou-rien) qui amplifient l'émotion. La dimension comportementale : ce que vous faites de cette activation. Crier, frapper un objet, claquer une porte, envoyer un message cinglant, couper la parole, ruminer pendant des heures, ou au contraire vous murer dans le silence en accumulant du ressentiment.

Ces trois dimensions se nourrissent mutuellement. La tension musculaire renforce le sentiment de menace. Les pensées hostiles augmentent l'activation physiologique. Le comportement agressif génère des conséquences négatives qui créent de nouvelles situations de colère. C'est un cercle vicieux, et c'est exactement là que les techniques TCC interviennent.

Technique 1 : l'auto-observation avec l'échelle de 0 à 10

Pourquoi cette technique vient en premier

Avant de pouvoir réguler quoi que ce soit, il faut être capable de l'observer. C'est le fondement même de l'approche cognitivo-comportementale. La plupart des personnes qui demandent de l'aide pour leur colère décrivent leurs épisodes comme si cela les frappait d'un coup : « Je passe de 0 à 100 en une seconde. » En réalité, c'est rarement le cas. Il y a presque toujours une montée progressive, avec des signaux d'alerte que vous avez appris à ignorer.

Comment la pratiquer

L'exercice consiste à noter votre niveau de colère sur une échelle de 0 à 10, plusieurs fois par jour, et particulièrement dans les moments de tension :

  • 0-2 : calme, aucune irritation
  • 3-4 : légère contrariété, premiers signaux physiques (tension dans les épaules, respiration qui se raccourcit)
  • 5-6 : colère modérée, envie de répondre sèchement, rumination active
  • 7-8 : forte colère, difficulté à penser clairement, envie d'agir impulsivement
  • 9-10 : perte de contrôle imminente ou effective
Le but n'est pas de rester à 0 en permanence : ce serait aussi irréaliste que malsain. Le but est de repérer le moment où vous passez de 4 à 6, parce que c'est là que vous avez encore une fenêtre pour agir. Au-delà de 7, votre cortex préfrontal est largement court-circuité par l'amygdale. Votre capacité à raisonner, à percevoir la nuance et à prendre du recul est physiologiquement diminuée. Agir à ce niveau, c'est prendre des décisions avec un cerveau en mode survie.

Le journal de colère

Je demande souvent à mes patientes de tenir un journal de colère pendant les deux premières semaines. Pour chaque épisode, notez :

  • La situation déclenchante (quoi, quand, avec qui)
  • Le niveau sur l'échelle de 0 à 10
  • Les sensations physiques
  • Les pensées automatiques
  • Le comportement adopté
  • Les conséquences
Ce journal révèle des schémas que vous ne soupçonniez pas. Vous découvrez que votre colère monte systématiquement quand vous êtes fatiguée, quand vous avez sauté un repas, quand une situation vous rappelle un épisode de l'enfance. Cette cartographie personnelle est le socle sur lequel reposent toutes les techniques suivantes.

Technique 2 : restructurer ses croyances sur la colère

Vos croyances sur la colère vous piègent

Avant même de travailler sur les pensées automatiques dans des situations précises, il faut examiner vos croyances de fond sur la colère elle-même. En TCC, ces croyances profondes, qu'on appelle schémas cognitifs, filtrent votre perception et influencent toutes vos réactions.

Voici les croyances les plus fréquentes que je rencontre en consultation, accompagnées de leur restructuration cognitive :

« Si je ne me mets pas en colère, on va me marcher dessus. » Cette croyance confond affirmation de soi et agressivité. S'affirmer, c'est exprimer clairement ses besoins et ses limites. Se mettre en colère, c'est perdre le contrôle de son expression. La première est efficace. La seconde donne une illusion de pouvoir à court terme, mais détériore systématiquement vos relations à long terme. « La colère est mauvaise. Je ne devrais jamais être en colère. » Cette croyance conduit à la suppression émotionnelle, aussi nocive que les explosions. Les recherches montrent que les personnes qui refoulent chroniquement leur colère présentent des niveaux plus élevés de dépression, d'anxiété et de troubles somatiques. La colère n'est ni bonne ni mauvaise. C'est un signal à écouter, pas à étouffer. « Les gens qui me mettent en colère sont responsables de ma réaction. » C'est la croyance la plus résistante au changement, et pourtant la plus fondamentale à déconstruire. Oui, le comportement des autres peut être le déclencheur. Mais entre le déclencheur et votre réaction, il y a votre interprétation. Et c'est sur cette interprétation que vous avez du pouvoir.

La technique de la flèche descendante

Pour identifier vos croyances de fond sur la colère, la technique de la flèche descendante est particulièrement utile. Partez d'une pensée automatique et demandez-vous : « Si c'était vrai, qu'est-ce que cela voudrait dire pour moi ? »

Exemple : « Ma collègue m'a coupé la parole en réunion. » → « Elle ne me respecte pas. » → « Personne ne me respecte. » → « Je ne mérite pas le respect. » → « Je ne vaux rien si on ne me respecte pas. »

Vous voyez comment une banale interruption peut activer un schéma profond sur la valeur personnelle ? Dans ce cas, la colère n'est pas vraiment dirigée contre la collègue. Elle protège une blessure narcissique bien plus ancienne.

Technique 3 : la restructuration cognitive dans l'instant

Repérer les distorsions

Une fois vos croyances de fond mises au jour, le travail quotidien consiste à repérer les distorsions cognitives pendant les moments de colère. Les plus fréquentes sont :

La lecture de pensée : « Elle le fait exprès pour me provoquer. » Vous n'avez aucun moyen de savoir ce que l'autre pense réellement. Peut-être est-elle distraite, stressée ou maladroite. Attribuer une intention malveillante sans preuve est une construction mentale, pas un fait. La personnalisation : « C'est toujours moi qui me fais viser. » Vous filtrez la réalité en ne retenant que les événements qui confirment votre croyance d'être une cible. La pensée tout-ou-rien : « Si on ne fait pas les choses correctement, autant ne rien faire du tout. » Cette pensée dichotomique ne laisse aucune place à l'erreur, ni chez vous ni chez les autres. L'étiquetage : « C'est une idiote. » Réduire une personne à un seul comportement nie sa complexité et ferme la porte à toute résolution.

La technique des colonnes de Beck

Aaron Beck, le fondateur de la thérapie cognitive, a mis au point un outil simple mais remarquablement efficace : le tableau à cinq colonnes.

  • Situation : description factuelle (sans interprétation)
  • Émotion : la colère, à quel niveau (0-10)
  • Pensée automatique : ce que je me dis
  • Distorsion identifiée : quel biais cognitif
  • Pensée alternative : reformulation plus nuancée et réaliste
  • Exemple concret :

    ColonneContenu
    SituationMon fils de 14 ans n'a toujours pas rangé sa chambre malgré trois demandes
    ÉmotionColère 7/10
    Pensée automatique« Il le fait exprès, il se moque de ce que je demande »
    DistorsionLecture de pensée + personnalisation
    Pensée alternative« C'est un ado absorbé par ses écrans. Ne pas ranger n'est pas un acte de mépris envers moi. Je peux reformuler ma demande avec une conséquence claire. »

    Après restructuration, le niveau de colère baisse généralement de 2 à 3 points sur l'échelle. Ce n'est pas magique, et cela ne transforme pas la colère en joie. Mais passer de 7 à 4, c'est passer d'un état où vous criez à un état où vous pouvez communiquer efficacement.

    Technique 4 : le time-out structuré

    Quand le cerveau n'est plus en état de discuter

    Le time-out n'est pas une fuite. C'est une stratégie comportementale délibérée, validée par la recherche, qui consiste à se retirer temporairement d'une situation lorsque votre niveau de colère dépasse le seuil où un échange constructif est possible.

    La règle en TCC est claire : au-delà de 7 sur l'échelle, vous n'êtes pas en état de résoudre quoi que ce soit. Votre amygdale a pris les commandes. Votre cortex préfrontal, celui qui permet la nuance, l'empathie et la résolution de problèmes, tourne au ralenti. Poursuivre la discussion à ce niveau garantit l'escalade.

    Le protocole du time-out

    Un time-out efficace suit un protocole précis :

    Étape 1 — Annoncez-le clairement. Ne partez pas en claquant la porte. Dites quelque chose comme : « Je sens que je m'échauffe trop. J'ai besoin de 20 minutes pour me calmer. On reprend après. » L'annonce est fondamentale : elle transforme une fuite en acte de responsabilité. Étape 2 — Retirez-vous physiquement. Changez de pièce, allez marcher, allez dans votre voiture. La distance physique brise la boucle de retour visuel et auditif qui alimente l'escalade. Étape 3 — Utilisez ces 20 minutes pour redescendre sur l'échelle, pas pour ruminer. C'est la distinction cruciale. Si vous passez votre time-out à ressasser ce que l'autre a dit et à préparer votre riposte, vous reviendrez plus en colère qu'avant. Préférez la respiration diaphragmatique, la marche ou la relaxation musculaire (technique 5). Étape 4 — Revenez comme promis. Ne laissez pas le time-out se transformer en silence punitif. Revenez après le délai annoncé et reprenez la discussion à un point plus bas sur l'échelle.

    Ce que le time-out n'est pas

    Ce n'est pas du mur de silence, cette forme de retrait émotionnel passif-agressif où l'on refuse de communiquer pour punir l'autre. Le mur de silence est destructeur pour les relations (John Gottman l'identifie comme l'un des quatre cavaliers de l'apocalypse relationnelle). Le time-out est l'inverse : c'est un engagement actif à revenir et à communiquer dans de meilleures conditions.

    Technique 5 : la relaxation musculaire progressive

    Le corps comme levier

    Edmund Jacobson a démontré dès les années 1930 qu'il existe une relation bidirectionnelle entre la tension musculaire et la tension psychologique. Relâcher les muscles envoie un signal de sécurité au système nerveux autonome, ce qui réduit l'activation sympathique (le mode combat). Autrement dit : détendre votre corps apaise votre esprit.

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    La relaxation musculaire progressive est l'une des techniques comportementales les plus utilisées en TCC pour la gestion de la colère, parce qu'elle agit directement sur la composante physiologique du modèle tridimensionnel.

    Le protocole rapide (5 minutes)

    Voici une version adaptée aux moments de colère, praticable n'importe où :

    Mains et avant-bras : serrez les poings le plus fort possible pendant 5 secondes. Relâchez d'un coup. Observez la différence entre tension et détente pendant 10 secondes. Bras et épaules : contractez vos biceps en pliant les bras, haussez les épaules jusqu'aux oreilles. Tenez 5 secondes. Relâchez. Observez. Visage : froncez fortement les sourcils, serrez la mâchoire, fermez les yeux le plus fort possible. Tenez 5 secondes. Relâchez. Sentez la détente se diffuser. Buste : inspirez profondément, retenez l'air en gonflant la poitrine. Tenez 5 secondes. Expirez lentement. Observez le relâchement. Jambes : tendez les jambes devant vous, pointez les orteils vers le haut. Tenez 5 secondes. Relâchez.

    Le principe est toujours le même : contracter volontairement pendant 5 secondes, puis relâcher d'un coup et observer le contraste. C'est ce contraste qui enseigne à votre système nerveux la sensation de détente, une sensation que beaucoup de personnes chroniquement en colère ont oubliée.

    Intégrer la relaxation au quotidien

    Je recommande de pratiquer ce protocole deux fois par jour pendant trois semaines, en dehors des moments de colère. Le but est de créer un automatisme, pour que, lorsque la colère monte, votre corps sache déjà comment relâcher. C'est comme un entraînement : on n'apprend pas à nager au moment où l'on est en train de se noyer.

    Technique 6 : la communication assertive

    Entre passivité et agressivité

    Une colère mal gérée s'exprime généralement de deux façons : l'agressivité (crier, accuser, ironiser, intimider) ou la passivité (silence, soumission, accumulation de ressentiment). Les deux sont des impasses.

    L'assertivité est la voie du milieu : exprimer ce que vous ressentez et ce dont vous avez besoin, clairement et fermement, sans attaquer l'autre. Ce n'est pas un don naturel. C'est une compétence qui s'apprend et se développe.

    La technique DESC

    DESC est un acronyme utilisé en TCC pour structurer une communication assertive :

    D — Décrire les faits, seulement les faits, sans interprétation ni jugement. « Quand tu rentres et que tu laisses tes affaires dans l'entrée sans les ranger... » E — Exprimer votre émotion à la première personne. « Je me sens frustrée et pas prise en compte... » Pas « tu me rends folle » : c'est une accusation, pas une expression d'émotion. S — Spécifier ce que vous voulez concrètement. « J'aimerais que tu ranges tes affaires dans les 10 minutes qui suivent ton arrivée. » C — Conséquences (positives). « Ça m'aiderait à me sentir respectée et nous éviterait de nous disputer chaque soir. »

    DESC ne garantit pas que l'autre va changer. Mais cela garantit que vous avez exprimé votre besoin de façon claire et non agressive, et que vous n'avez pas alimenté le cycle de la colère.

    Les pièges de communication sous l'emprise de la colère

    Certaines habitudes de langage sont des accélérateurs de conflit. En TCC, on apprend à les repérer et à les remplacer :

    • « Tu fais toujours / Tu ne fais jamais » → Généralisation abusive. Remplacez par des faits précis : « Ces trois derniers soirs... »
    • « Tu es vraiment... » → Étiquetage. Remplacez par le comportement : « Quand tu fais... »
    • L'ironie → Agressivité déguisée. Remplacez par l'expression directe de votre frustration.
    • Ressortir le passé → Noie le sujet du moment. Restez sur la situation présente.

    Technique 7 : l'exposition progressive aux déclencheurs

    Désensibilisation et tolérance à la frustration

    Cette dernière technique est plus avancée et se pratique généralement avec l'accompagnement d'une thérapeute. Elle consiste à vous exposer progressivement aux situations qui déclenchent votre colère, dans un cadre contrôlé, afin d'augmenter votre tolérance à la frustration.

    Le principe est le même que pour le traitement des phobies en TCC : l'évitement entretient le problème. Si vous évitez systématiquement les situations frustrantes, vous ne développez jamais la capacité à les gérer. Votre seuil de tolérance reste bas, et le moindre contretemps vous fait exploser.

    Construire la hiérarchie

    Avec votre thérapeute, vous construisez une hiérarchie de situations déclenchantes, classées de la moins activante à la plus activante :

    • Niveau 2/10 : attendre dans une file un peu longue
    • Niveau 4/10 : se faire couper la parole
    • Niveau 6/10 : recevoir une critique injustifiée au travail
    • Niveau 8/10 : votre conjoint qui remet en question une décision que vous avez prise
    L'exposition se fait progressivement, en commençant par les situations les moins activantes. Vous apprenez à y rester, à observer votre montée émotionnelle sans agir impulsivement, à utiliser les techniques précédentes (respiration, restructuration cognitive, relaxation) pour redescendre sur l'échelle. Puis vous passez au niveau suivant.

    Ce que l'exposition enseigne

    L'exposition apprend à votre cerveau trois choses fondamentales :

  • La frustration est inconfortable, pas dangereuse. Votre amygdale traite la frustration comme une menace. L'exposition lui enseigne progressivement que vous pouvez tolérer cette émotion sans qu'il n'arrive rien de catastrophique.
  • La colère retombe naturellement. Si vous ne l'alimentez pas par la rumination ou l'escalade comportementale, l'activation physiologique de la colère suit une courbe naturelle de montée et de descente. L'exposition vous permet de vivre cette courbe en entier et de constater par vous-même qu'elle passe.
  • Vous avez des ressources. Chaque exposition réussie renforce votre sentiment d'efficacité personnelle. Vous passez de « je suis incapable de me contrôler » à « je peux gérer les situations frustrantes avec les bons outils. »
  • Quand la colère cache autre chose

    La colère comme émotion secondaire

    En pratique clinique, la colère est souvent une émotion de surface qui recouvre des ressentis plus vulnérables : la peur, la honte, la tristesse, l'impuissance. Se mettre en colère est psychologiquement moins menaçant que d'admettre qu'on a peur d'être abandonnée, qu'on a honte de ne pas être à la hauteur, ou qu'on est profondément triste.

    Un homme qui explose de colère quand sa compagne rentre tard ne souffre pas d'un problème de colère. Il vit probablement une angoisse d'abandon qu'il exprime sous une forme plus « acceptable » socialement pour lui : la colère étant souvent la seule émotion que certains hommes s'autorisent.

    Le travail en TCC inclut cette exploration : qu'y a-t-il sous votre colère ? Quelle est l'émotion primaire que la colère protège ? C'est souvent là que se trouve le véritable levier de changement.

    La colère et les schémas précoces

    Les travaux de Jeffrey Young sur les schémas précoces inadaptés éclairent pourquoi certaines situations déclenchent en vous une colère disproportionnée. Si vous portez un schéma d'injustice, la moindre situation perçue comme inéquitable active une réponse émotionnelle intense, parce qu'elle résonne avec des expériences précoces où vous avez réellement subi une injustice sans pouvoir vous défendre.

    Comprendre ce mécanisme n'élimine pas la colère, mais le contextualise. Cela permet de distinguer la réaction adaptée à la situation présente de la réactivation émotionnelle liée à votre histoire.

    Plan d'action : les 4 premières semaines

    Semaine 1 : pratiquez uniquement l'auto-observation (technique 1). Tenez votre journal de colère. N'essayez pas encore de changer quoi que ce soit : observez. Semaine 2 : ajoutez la relaxation musculaire progressive (technique 5), deux fois par jour. Commencez à identifier vos croyances sur la colère (technique 2). Semaine 3 : introduisez la restructuration cognitive dans l'instant (technique 3) et le time-out structuré (technique 4). Commencez à travailler la communication DESC (technique 6). Semaine 4 : consolidez les techniques. Évaluez vos progrès en comparant vos journaux de colère de la semaine 1 et de la semaine 4.

    Ce plan est un point de départ. La gestion de la colère est un apprentissage qui prend du temps. Certaines personnes constatent une amélioration significative en quelques semaines. Pour d'autres, le travail sur les croyances profondes et les schémas précoces demande plusieurs mois d'accompagnement thérapeutique. Les deux trajectoires sont normales.

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    À retenir

    La colère est une émotion normale et utile. Elle devient un problème quand elle est mal régulée : trop explosive, trop refoulée, ou déconnectée de sa cause réelle.

    Les techniques TCC offrent un cadre structuré, concret et validé par la recherche pour travailler simultanément sur les trois dimensions de la colère : le corps, les pensées et les comportements. Aucune de ces techniques n'est difficile à comprendre. La difficulté réside dans la pratique régulière, dans la persévérance quand les vieilles habitudes reviennent, et dans l'honnêteté nécessaire pour regarder ce que la colère cache vraiment.

    Si la colère gâche votre vie, ou la vie de ceux que vous aimez, n'attendez pas qu'elle cause des dégâts irréparables. Le moment de vous en occuper, c'est maintenant.


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    FAQ

    Quelles sont les caractéristiques clés des techniques TCC de gestion de la colère ?

    Apprenez 7 techniques TCC pour gérer efficacement la colère. Les traits les plus caractéristiques impliquent des schémas répétitifs qui affectent le fonctionnement quotidien et les relations interpersonnelles de façon prévisible et souvent auto-entretenue, qui persistent sans intervention.

    Comment la psychologie cognitivo-comportementale explique-t-elle la gestion de la colère ?

    La TCC l'analyse à travers les pensées automatiques, les croyances de fond et les comportements d'évitement, un cadre qui identifie les mécanismes de maintien gardant la difficulté en place et fournit des points d'intervention ciblés par la restructuration cognitive structurée et les expériences comportementales.

    Quand faut-il consulter un professionnel pour la gestion de la colère ?

    Une consultation professionnelle est justifiée lorsque la difficulté affecte significativement la qualité de vie, les relations ou les performances au travail pendant plus de deux semaines. Une praticienne TCC peut proposer un protocole fondé sur les preuves, adapté à votre situation, généralement de 8 à 20 séances selon la sévérité.

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    Gildas Garrec, Psychopraticien TCC

    À propos de l'auteur

    Gildas Garrec · Psychopraticien TCC

    Psychopraticien certifié en thérapies cognitivo-comportementales (TCC), auteur de 16 ouvrages sur la psychologie appliquée et les relations. Plus de 900 articles cliniques publiés sur Psychologie et Sérénité.

    📚 16 livres publiés📝 900+ articles🎓 Certifié TCC